L'hôtel Amour Nice

L’essence par les sens, voilà le pitch de cette rubrique. Avec l’envie de vous faire découvrir des lieux inspirants à travers la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goût. Sens. 

Le nom, à lui seul, fait figure de programme… Reste que, pour leur troisième opus, Emmanuel Delavenne, André Saraiva et Thierry Costes offrent bien plus encore qu’un tête-à-tête amoureux. Visite et expériences.

Texte : Jérôme Berger
Photo : Philippe Vaurès Santamaria

« Honnêtement, Nice n’était pas une fin en soi », prévient Mickaël Correia, le directeur d’exploitation du dernier-né des hôtels Amour.

Pas plus que d’autres grandes villes de province. Les fondateurs des deux établissements parisiens avaient juste émis le souhait d’inaugurer une nouvelle adresse ailleurs que dans la capitale. En 2018, la visite de l’ex-Hi Hôtel niçois précipite les choses. « Emmanuel Delavenne tombe littéralement amou­reux de la région et de la ville. » Tant et tellement qu’une fois le lieu acquis, il y a tout juste un an, ce Parisien pur jus finit par s’installer sur la French Riviera.

Il y découvre une telle richesse, en particulier du côté des brocantes. L’un de ses dadas. L’hôtelier disposerait à Nice de deux entrepôts, remplis de ses derniers achats coups de cœur. Durant tout un hiver, il chine donc, tout en cherchant l’inspiration, dans les musées, les manufactures locales… Pas de précipitation pour autant. Une fois les espaces dessinés puis créés, Emmanuel Delavenne prend le temps de s’en imprégner pour mettre en place l’univers imaginé. « Impensable de recourir à des architectes d’intérieur ou autres designers soucieux de définir et d’appliquer un ‘concept’. Aucun moodboard ici ! » L’Amour se vit, non ? Ses 38 chambres et son restaurant-bar-salon aussi.

Les équipes prennent donc bien soin d’habiller les lieux petit à petit. « Je me souviens de nous accrochant une première série de cadres, avant qu’Emmanuel Delavenne nous demande d’arrêter : “on reprendra dans 2 semaines, sinon on risque d’être trop répétitifs”. » Au fil des semaines donc, céramiques locales très 1950, livres par bibliothèques entières évoquant la Riviera, créations en verre bullé de Biot, enceintes de collection… trouvent chacun leur place.

D’autres attendront encore un peu. Notamment les plantes du patio amené à être recouvert d’une verrière. D’ici là, depuis quelques mois, les premiers clients se délectent déjà d’une douce atmosphère de vacances. Pas d’authenticité feinte, ni de modernité glaçante. Mais une ambiance méditerranéenne rétro, à la fois bohème et chaleureuse, pile au goût de l’époque. Tout ici invite à lézarder. En particulier l’absence de téléphone et de télé dans les chambres. Place aux sens…

LA VUE

Elle est sollicitée de toute part.   Sans brusquerie aucune, à l’envi.  Sur le bouillonnement de la ville   par les larges baies vitrées du bar.  Sur les toits environnants depuis la baignoire de la 62 ou la terrasse avec piscine du dernier étage qui surplombe Nice. Sur la grande bleue, les pieds dans le sable de la plage privée de l’hôtel. Sur les pièces de mobilier chinées accrochant une à une le regard : les luminaires comme des crustacés du salon, le daybed de la 45, l’affiche « Wanted » du restaurant figurant Helmut Newton, Larry Clarke et Ralph Gibson, la porte des toilettes de la 41 telle une cabine téléphonique… Sans parler des aplats rose bonbon ou bleu azuréen rythmant chaque étage, des photos souvent érotiques comme des invitations et d’une chambre… 13.

L’ODORAT

Il est en devenir. Au printemps, l’hôtel Amour Nice proposera toute une gamme d’amenities développées en exclusivité avec Molinard.  Depuis Grasse, la célèbre maison de parfums millésimée 1849 fournira bougies, savons, shampoings…, aux notes de thé vert et de basilic.  En attendant, les végétaux prennent le relais en pot, à l’image des plantes grasses de l’entrée et des monsteras, si chères à Matisse, disséminées ici ou là.

LE TOUCHER

Ce sens, les jeux de matières l’éveillent tout au long de la journée. Au contact des épais tapis bordant les lits, des voilages en vieux draps de lin et velours ras, du marbre froid des douches italiennes, du bois brut des tables, des cordages de bateau en guise de rampes dans les étages, des pages jaunies de vieux romans de vacances…, avant que la douceur des draps ne reprenne ses droits.

L’OUÏE

Dès l’entrée dans sa chambre, des notes jazzy résonnent. Celles de la radio. Autre son de cloche au bar comme au restaurant. Depuis des enceintes Elipson rétro, les playlists des équipes de l’hôtel se succèdent. Entre mélodies brésiliennes de João Gilberto, rock de toujours d’Elvis Presley et new wave de Joy Division, la tête et les pieds finissent par battre la mesure. Jusqu’à ce que la voix légèrement cassée de la serveuse ne vous invite à prendre un dernier verre…

LE GOÛT

Il n’est pas en reste. Comme à leur habitude, les cuisines des hôtels Amour savent faire mouche, simplement, sûrement. D’abord, au détour d’un apéritif ensoleillé, entre olives du domaine Alziari, cecina de bœuf, panisses avec mayonnaise aux herbes et pastis variés. Plus tard, les plats suivent, avec la même vivacité, en particulier les pâtes au pistou, franches, généreuses, enveloppantes… Ajoutez des vins plutôt natures, des horaires plus que larges, et vous admettrez aisément qu’il n’y pas là non plus de fautes de goût.